Gaspé 1 – en train – septembre 2012

Que d’espace en classe économique lorsqu’il n’y a pas trop de passagers!

 

Le soleil se lève sur la Baie-des-Chaleurs.

 

Je viens de passer quelques huit (8) heures dans une voiture «coach» LRC de Via rail, entre Charny et Matapédia. Lesdites voitures, construites par Bombardier, je crois, possèdent 68 sièges, certains pivotants pour accommoder des groupes de 3 à 4 personnes. Justement, cette nuit-là était très tranquille dans la voiture # 016, et je me suis permis, sans me faire faire aucune remontrance par le personnel, d’occuper seul un de ces ensembles de quatre sièges. Confortable à souhait pour une classe économique!

Le train crie : TCHOUOUOUOU… TCHOUOUOUOU.

Je l’écris comme cela mais c’est pas vraiment le gémissement que le mécanisme produit. Cependant, faut pas en faire une fixation parce que cela n’arrête presque jamais, pour des raisons évidentes de sécurité, et que cela pourrait facilement devenir un sérieux danger pour la santé mentale. Sans parler en plus des divers autres bruits de la machine.
Toc toc toc font les roues sur les rails. C’est pas un TGV ni un de ces trains futuriste sur coussin d’air. Mais on se laisse rouler, bercer même, tranquillement, sans problème, surtout pas de circulation. Ah, voici un passage a niveau; ding ding. Encore un autre bruit bien particulier, typique de l’expérience ferroviaire.

Un point de vue particulier : la voiture panoramique. Dommage que les vitres soient si sales!

Wow; quel magnifique paysage, mais il change tellement rapidement … prendre des photos … ce serait bien. Mais cela donne plus souvent qu’autrement des résultats médiocres. Le beau paysage n’est plus là. Et il y a le problème de la réflexion, sans parler de la propreté des vitres.
Ouf!

Je me suis toujours demandé comment ont été faites celles sur les magnifiques affiches de Via rail. Oui, celles qui montrent des paysages grandioses des Rocheuses ou du Lac Louise, par exemple, et sur lesquelles on laisse entendre qu’elles ont été prises par un quelconque utilisateur tout ce qu’il y a de régulier des services ferroviaires canadiens. Avec son appareil jetable, peut-être?

Pas grave, elle est quand même bien belle la Baie-des-Chaleurs sous le soleil levant de septembre. Un de ces matins où la froidure blanchâtre du givre se voit encore au sol et où les feuilles des arbres, aux couleurs déjà changeantes, semblent s’agiter pour faire tomber les gouttes qui scintillent dans les rayons lumineux du levant.

Allons, c’est l’heure du petit dèj.

Ce pourrait attendre encore un peu; le paysage est envoûtant. Oh! un beau troupeau de vaches nous regarde passer. Elles ne semblent pas si certaines que le givre au sol soit si agréable dans le fond. Paisibles elles poursuivent inlassablement leur mastication afin de… survivre, de produire le lait, de donner naissance au petit veau à la succulente viande, de…«pas de nourriture sans agriculture» rappelle une enseigne campagnarde vue récemment. Mais en ces temps de viandes contaminées…pas facile de ne pas être prudent avec la viande. Semble-t-il que le Québec, même s’il produit beaucoup de viande, en exporte aussi beaucoup. Nous importerions donc près de 70% de ce qui est consommé ici! Sauf pour le veau, si j’en crois un article récent, qui est une denrée presque complètement produite et vendue au Québec. À considérer!

Bon, c’est pas tout puisque si on veut déjeuner, il faut le faire tôt parce que le train ne va pas plus loin que New-Carlisle. Et comme nous y serons vers 8 :30 heures, allons à la restauration.


La salle à manger est spacieuse et éclairée, donnant une bonne vision de chaque coté de la voiture. La variété du menu est limitée mais tout à fait correcte. Le service demeure extra rapide et, cette fois-ci, carrément humoristique : «Soleil en haut, vos œufs?» En tout cas, moi je la trouve drôle. En plus, le franglophone de service va donner un cours de français très spontané à deux passagères anglophones de la table d’à côté. J’ai peine à me contenir. Ça commence bien la journée. En plus que le café filtre vous est servi à pleine cafetière. Et le prix demeure raisonnable : 7$, taxes incluses.

 

Service rapide, courtois et même humoristique au déjeuner.

 

Le personnel de VIA rail est en général très affables et serviables. Par exemple soulignons l’attitude du jeune homme du casse-croûte qui a fait une tournée des wagons, hier soir, pour avertir personnellement les passager encore alertes, qu’il devait fermer dans les prochaines minutes : un last call en somme! Je n’avais jamais vu.

Je constate aussi avec plaisir qu’il y a plus de femmes travailleuses qu’à l’accoutumée a bord de mon train. Dans le cas qui m’occupe, la cuisinière et une agente de bord sont des créatures ou, pour ceux moins familier avec l’ancien français, des représentantes du sexe féminin. Une d’elle m’explique que la raison tient au phénomène d’ancienneté : « Ça prend beaucoup de séniorité pour pouvoir travailler sur ce train-là et comme c’était une job d’homme avant… mais on commence à prendre notre place» dira-t-elle. Ma route serait donc un circuit intéressant. Tant mieux, cela aidera peut-être la réparation des ponts encore douteux qui doivent faire l’objet de lourds entretiens avant que la voie soit réouverte entre New-Carlisle et Gaspé.


C’est beau la Gaspésie. Ce matin, les bosquets le long du parcours brillent de tous leurs feux de lumière en raison du givre qui fond sous l’effet du soleil qui monte.

Après la gare de New-Carlisle, c’est la partie du voyage en autobus touristique. Le départ frôle l’abrutissement : la radio locale est gossante parce que trop forte. Mais le chauffeur diminue assez rapidement le volume pour que l’agente de bord puisse donner quelques instructions et offrir eau et jus d’orange en bouteilles.
Comme nous sommes dans l’autobus qui remplace le train, il est un peu surprenant de voir le bus s’arrêter complètement aux passages a niveau, même s’il n’y a aucun feu d’allerte, mettre ses clignotants et attendre d’avoir vérifier, plutôt deux fois qu’une, qu’il n’y a aucun train avant de repartir. Mais je comprends que c’est la routine et que, finalement, il pourrait aussi venir un véhicule d’entretien sur cette voie.

«C’est le train qui continue…on est le train qui continue!» Si le conducteur de l’autobus n’a pas dit cette phrase dix fois, il n’en a pas glissé mot! Pour dire et redire qu’il ne faut pas essayer de descendre entre 2 gares.

On n’est pas un autobus, quand même!

Pauvre voyageuse. Lorsqu’elle a avancé qu’on lui avait déjà fait cette faveur par le passé, elle passe à l’interrogatoire. «Qui? Quand? Ça mérite d’être dénoncé!»

Et moi qui aurait aimé…

Merci madame. Vous m’avez évité l’humiliation et, qui sait, peut-être à quelques autres aussi.

Finalement, le trajet se termine presque une heure plus rapidement qu’avec le train. Je suis cependant moins content de me faire déposer à l’autre bout du chantier de construction de la gare alors que je dois faire une longue marche pour rejoindre le pont et entrer en ville a pied.

Comme il y a souvent deux côté à une médaille cela m’a alors donné la chance de traverser la baie sur le nouveau pont en profitant du grand air et de la superbe vue du village de mon enfance, ce que je n’avais pas fait depuis des décennies.

Au retour, une semaine plus tard, le départ de Gaspé se fait en après-midi. J’ai donc vu se lever une lune assez extraordinaire sur la Baie-des-Chaleurs, au moment où je montais dans la bête métallique, encore à New-Carlisle.

À Matapédia, le train en provenance de la Baie-des-Chaleurs se joint à l’Océan (celui qui va de Halifax à Montréal). Celui-ci avait cependant deux heures de retard ce jour-là. Petit délai, donc, qui a permis, le lendemain matin de voir le jour se lever sur la vallée du Saint-Laurent, un spectacle auquel on n’a pas droit d’habitude.

2 Responses to Gaspé 1 – en train – septembre 2012

  1. Suzanne Faguy says:

    Allô Yvan,

    J’ai bien aimé lire ta description du trajet train-autobus vers Gaspé. C’est une région que j’aime beaucoup, que j’ai visitée souvent pour y avoir des amis encore (à Maria en fait) mais aussi parce que mon fils a habité Gaspé plusieurs années avant de revenir à Québec.
    Je reviendrai sûrement faire un tour sur ton site pour prendre connaissance d’autres tiennes observations, de voyage ou autres.

    Salut!

    Suzanne
    Suzanne Faguy (du groupe d’espagnol)

    • Yvan says:

      Merci de ta visite et de tes commentaires Suzanne. Nul doute que je vais continuer d’ajouter des articles, sur la Gaspésie et sur d’autres régions aussi.

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